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RDC : à l’approche de la conférence de Manille, les enfants exigent des actions concrètes contre les violences

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À l’approche de la deuxième Conférence ministérielle mondiale sur l’élimination de la violence à l’égard des enfants, prévue les 18 et 19 novembre 2026 à Manille, aux Philippines,
le ministère du Genre, Famille et Enfant, avec l’appui de l’UNICEF, a organisé ce samedi 24 0ctobre à Kinshasa,des assises de consultation avec des adolescents âgés de 14 à 17 ans.
L’objectif est de recueillir leur parole, leurs expériences et leurs recommandations avant la présentation du bilan des engagements pris par le pays à Bogota en 2024.

La voix des enfants occupe une place centrale dans les préparatifs de la deuxième Conférence ministérielle mondiale sur l’élimination de la violence à l’égard des enfants. En République démocratique du Congo, une consultation réunissant des adolescents âgés de 14 à 17 ans a été organisée, afin de leur permettre de s’exprimer directement sur les violences auxquelles ils sont confrontés et sur les mesures qu’ils souhaitent voir renforcées.

La conférence de Manille, qui se tiendra les 18 et 19 novembre 2026, réunira les États et leurs partenaires autour de la lutte contre toutes les formes de violence envers les enfants. Elle s’inscrit dans la continuité de la première conférence mondiale organisée à Bogota en 2024.

Pour Soumahoro Gbato, spécialiste en protection de l’enfant à l’UNICEF, il était important de consulter directement les enfants avant l’élaboration du récit national de la RDC.

« Il s’agit des enfants dont nous parlons et il faut avoir leur opinion », a-t-il expliqué.

Selon lui, cette consultation doit permettre de savoir si les enfants constatent encore des violences dans leur entourage, ce qu’ils observent au niveau de leurs communautés et ce qu’ils pensent des actions entreprises par les autorités pour lutter contre ce phénomène.

Les enfants ont également été invités à formuler leurs propres recommandations afin d’alimenter le document qui sera présenté par la délégation congolaise à Manille.

Les organisateurs ont privilégié un cadre permettant aux enfants de s’exprimer à l’abri du regard des adultes. Les encadreurs étaient présents pour accompagner les participants, mais ont été invités à rester à l’extérieur de la salle afin de créer un espace considéré comme plus sûr.

« Pour créer un espace sûr, nous avons demandé aux encadreurs de ne pas être dans la salle, d’être dans la cour plutôt », a expliqué Soumahoro Gbato.

Cette démarche a notamment permis aux adolescents de questionner les progrès présentés par les représentants des autorités.

Une session a ainsi été consacrée au bilan des engagements pris à Bogota. Les enfants ont interrogé l’effectivité des progrès réalisés, obligeant les représentants du gouvernement à apporter des explications et à présenter les actions entreprises.

« On a aimé vraiment la réaction des enfants qui étaient dans une position de questionner l’effectivité des progrès en tant que tels », a souligné le spécialiste de l’UNICEF.

La consultation doit se poursuivre avec la formulation de recommandations dans le cadre d’une session intitulée « Un mot pour Manille ». Les enfants doivent notamment dire ce qu’ils souhaitent que la délégation officielle de la RDC porte comme message lors de la conférence.

Du côté du gouvernement, Hervé Nlandu Mayamba Nzama, conseiller chargé de l’enfant au ministère du Genre, Famille et Enfant, a rappelé les engagements pris par la RDC lors de la première conférence.

Selon lui, ces engagements peuvent être résumés autour de trois axes.

Le premier concerne l’extension de la gratuité de l’enseignement de base, notamment au niveau secondaire, afin de contribuer à mettre fin au mariage des enfants et à favoriser l’autonomisation des jeunes filles.

Le deuxième engagement porte sur le renforcement des capacités des formations sanitaires afin qu’elles puissent assurer la prise en charge médicale des victimes de violences sexuelles ainsi que des cas de grossesses précoces.

Le troisième concerne, selon le conseiller, la réponse aux besoins en matière de justice transitionnelle et la mise en place d’espaces permettant une prise en charge holistique des survivants de violences sexuelles. L’UNICEF documente notamment en RDC l’existence d’espaces sûrs « Toyokana » destinés à améliorer la prise en charge des survivantes de violences sexuelles.

Pour Hervé Nlandu Mayamba Nzama, la particularité de la conférence de Manille sera surtout de permettre aux États d’évaluer ce qui a été réalisé depuis Bogota.

« La deuxième conférence se situe dans le fait que cette fois-ci, on ne va pas prendre seulement les engagements, mais on va évaluer les engagements qui ont été pris à Bogota », a-t-il déclaré.

Les experts nationaux doivent se réunir afin d’examiner les progrès accomplis et d’identifier éventuellement de nouveaux engagements.

« Le pays va surtout présenter les progrès qui ont été accomplis par rapport aux premiers engagements », a-t-il précisé.

« On nous entend, on nous voit »

Pour les adolescents consultés, cette démarche constitue surtout une occasion de faire entendre leur voix.

Denise Katshunga, élève en terminale au collège Sainte-Christine, dans la commune de Makala, a pris part aux échanges consacrés aux violences subies par les enfants.

Elle évoque notamment les violences physiques, verbales et sexuelles et déplore leur banalisation dans la société.

« Ce qui m’a choquée, c’est qu’il y a vraiment beaucoup d’informations concernant ces violences et que c’est aussi assez banalisé ici en RDC », a-t-elle déclaré.

Pour elle, le principal message à retenir de cette consultation est que les enfants doivent être entendus et considérés dans les décisions qui les concernent.

« Ce qu’on peut retenir, c’est qu’on nous entend, on nous voit et il y aura du changement », a-t-elle affirmé.

La jeune fille appelle par ailleurs les autorités à renforcer les campagnes de sensibilisation sur l’ensemble du territoire national.

« Ce que je peux dire aux autorités, c’est de renforcer les campagnes de sensibilisation dans toutes les provinces de la République démocratique du Congo », a-t-elle recommandé.

Selon elle, une sensibilisation plus large permettrait de rendre l’information davantage accessible aux communautés et de contribuer à réduire les violences auxquelles sont confrontés de nombreux enfants.

Dan Luwaya, 17 ans, élève au collège Sainte-Théophile, rapporteur et jeune ambassadeur de l’UNICEF pour la cause climatique, a également participé à la consultation.

Il estime que les enfants doivent être directement associés aux discussions portant sur leur protection.

« On ne peut pas traiter des questions des enfants sans les enfants », a-t-il insisté.

Pour lui, les adolescents réunis lors de cette activité ont pu faire remonter les problèmes qu’ils observent dans leurs communautés et formuler des recommandations destinées aux autorités.

« J’étais parmi les représentants des millions d’enfants congolais. J’ai eu à relever les problèmes que je rencontre dans ma communauté et que les autres enfants rencontrent dans ma communauté », a-t-il expliqué.

Parmi les préoccupations soulevées figure notamment la question des interventions policières impliquant des enfants et des jeunes.

Dan Luwaya a ainsi recommandé la mise en place d’un dispositif permettant de mieux encadrer ce type d’intervention.

« Il a été dit que ce serait bien que l’État mette en place une police en charge justement de régulariser ce genre de manquements », a-t-il déclaré.

La consultation des adolescents intervient donc à un moment où la RDC prépare son bilan des engagements pris en 2024 et sa participation à la conférence de Manille.

Pour Soumahoro Gbato, l’enjeu est de faire en sorte que les enfants puissent directement contribuer au contenu du message porté par leur pays.

Pour Hervé Nlandu Mayamba Nzama, la prochaine étape consiste à évaluer les engagements pris à Bogota et à déterminer les mesures qui devront éventuellement être ajoutées.

Quant aux jeunes participants, ils demandent surtout que leur parole soit suivie d’effets : davantage de sensibilisation, une meilleure protection contre les violences et une prise en compte réelle de leurs préoccupations.

Cette démarche rejoint l’objectif plus large de la conférence mondiale, qui vise à faire progresser les actions concrètes permettant de prévenir et de combattre toutes les formes de violence contre les enfants. La conférence de Manille est présentée comme une étape destinée à passer davantage des engagements pris en 2024 à leur mise en œuvre et à leur renforcement.

À quelques semaines de cette rencontre internationale, les enfants congolais veulent ainsi que leur voix dépasse le cadre de la consultation.

Leur message tient en quelques mots : ils veulent être écoutés, considérés et associés aux décisions qui concernent leur protection et leur avenir.

✍️ Guillaumette KABEMBA PUBI

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