À Kinshasa, de nombreuses femmes portent seules la charge du foyer malgré la présence de leur partenaire.
Entre abandon économique et souffrance silencieuse, ces réalités soulèvent la question des violences basées sur le genre, souvent invisibles.
Assise devant sa maison, regard fatigué mais déterminé, Françoise MAFUTA ne cache plus sa lassitude.
Mère de cinq enfants, elle raconte son quotidien fait de débrouillardise et de sacrifices.
« Mon mari a une moto. Il travaille tous les jours. Mais à la maison, il ne donne presque rien », confie-t-elle.
Chaque matin, Françoise se lève avec une seule préoccupation : comment nourrir ses enfants. Vente de pains, petits commerces improvisés… tout est bon pour survivre.
« Parfois, les enfants me demandent à manger, et je ne sais pas quoi leur donner. Lui, il mange dehors, il s’occupe de lui-même », explique-t-elle.
Malgré la présence du père, Françoise assume seule les frais de nourriture, de santé et parfois même de scolarité.
Une situation qui, selon plusieurs spécialistes, dépasse la simple irresponsabilité.
« C’est une forme de violence économique »,
estime Princesse Mbuyi, actrice de la société civile engagée dans la lutte contre les violences basées sur le genre.
« Quand un homme a les moyens mais refuse de subvenir aux besoins de sa famille, il met la femme dans une situation de vulnérabilité extrême. »
Ce que dit la loi
La législation congolaise encadre clairement les responsabilités des parents.
Selon l’article 648 du Code de la famille,
« les père et mère ont l’obligation de nourrir, entretenir et élever leurs enfants ».
Cette responsabilité est renforcée par l’article 320 du même Code, qui précise que les parents doivent assurer l’entretien et l’éducation de leurs enfants jusqu’à leur majorité.
Ainsi, le refus volontaire d’un parent de contribuer aux besoins essentiels de ses enfants peut faire l’objet d’une action en justice, notamment pour obtenir une pension alimentaire.
Par ailleurs, la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant garantit à tout enfant le droit à une alimentation adéquate, aux soins de santé et à l’éducation.
Elle protège également l’enfant contre toute forme de négligence.
En pratique, le fait pour un père disposant de revenus de ne pas subvenir aux besoins de ses enfants peut être assimilé à un abandon de famille, une situation pouvant entraîner des sanctions prévues par la loi.
Au-delà des difficultés financières, c’est aussi une souffrance morale que vit Françoise.
« Ce qui me fait mal, ce n’est pas seulement l’argent. C’est de voir qu’il ne se soucie pas de ses propres enfants », dit-elle.
Dans son quotidien, Françoise dit ne pas avoir de temps pour elle-même :
« Je me réveille à 4h30 pour être à temps à la boulangerie, vendre le pain, rentrer préparer à manger, m’occuper des enfants… et assumer aussi mon devoir conjugal la nuit. Je suis épuisée. »
Comme Françoise, elles sont nombreuses à Kinshasa à vivre cette réalité en silence.
Une violence discrète, mais profondément destructrice, qui mérite d’être reconnue et combattue.
La lutte contre les violences basées sur le genre passe aussi par la reconnaissance de ces formes invisibles d’abandon et de négligence.
Car priver sa famille de ses droits fondamentaux, c’est aussi une forme de violence… et une infraction à la loi.
✍️ Guillaumette KABEMBA PUBI
