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Colomys lumumbai : cet petit rat semi-aquatique qui révèle les trésors méconnus de la biodiversité congolaise

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Spread the loveDécrite scientifiquement en 2020, cet petit rat échassier du Congo aux étonnants adaptations à la vie dans les cours d’eau rappelle que les forêts de la République démocratique du Congo abritent encore une biodiversité largement méconnue. Il est petit, discrèt et probablement inconnu du grand public. Pourtant, Colomys lumumbai, appelée notamment rat semi-aquatique […]

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Décrite scientifiquement en 2020, cet petit rat échassier du Congo aux étonnants adaptations à la vie dans les cours d’eau rappelle que les forêts de la République démocratique du Congo abritent encore une biodiversité largement méconnue.

Il est petit, discrèt et probablement inconnu du grand public. Pourtant, Colomys lumumbai, appelée notamment rat semi-aquatique de Lumumba, constitue une curiosité remarquable de la biodiversité du bassin du Congo.

Cette espèce a été décrite scientifiquement en 2020 par une équipe internationale de chercheurs après des analyses morphologiques et génétiques ayant permis de la distinguer d’une autre espèce de souris semi-aquatique africaine.

Son histoire scientifique est d’autant plus intéressante que l’un des spécimens ayant servi à établir son identité avait été collecté à Kananga, dans l’actuel Kasaï-Central, plusieurs décennies avant que les chercheurs ne reconnaissent qu’il appartenait à une espèce distincte.

À première vue, Colomys lumumbai ressemble à une petite souris forestière ordinaire. Mais son mode de vie est loin d’être banal.

Cette espèce est adaptée à la fréquentation des petits cours d’eau et des milieux humides forestiers. Ses pieds allongés lui permettent de se déplacer dans les eaux peu profondes à la recherche de nourriture.

Son pelage épais et ses caractéristiques morphologiques sont également adaptés à cet environnement. Elle peut notamment rechercher dans l’eau de petits invertébrés aquatiques, dont des larves d’insectes.

Cette adaptation explique l’appellation anglaise Congo Wading Rat, que l’on pourrait traduire par « rat échassier du Congo ».

L’une des particularités de Colomys lumumbai réside dans son histoire.

Les chercheurs ont découvert, grâce notamment aux analyses génétiques, que certains spécimens autrefois considérés comme appartenant à une autre espèce correspondaient en réalité à une espèce distincte.

L’étude scientifique publiée en 2020 a ainsi permis de reconnaître plusieurs espèces différentes au sein du genre Colomys. Colomys lumumbai fait partie des deux nouvelles espèces décrites dans cette révision taxonomique.

Cette découverte illustre une réalité souvent méconnue : la biodiversité congolaise ne se résume pas aux grands animaux emblématiques comme l’okapi, le bonobo ou le gorille. De nombreuses espèces de petite taille restent difficiles à observer et parfois encore insuffisamment étudiées.

Il convient toutefois d’apporter une précision importante.

Contrairement à ce qui est parfois présenté, Colomys lumumbai n’est pas une espèce exclusivement présente en République démocratique du Congo.

La base scientifique Mammal Diversity Database indique aujourd’hui une distribution comprenant la RDC, l’Angola et la Zambie. Les travaux scientifiques ayant décrit l’espèce documentent notamment plusieurs localités en RDC et en Angola. Un spécimen provenant du nord-ouest de la Zambie est également associé à cette espèce, même si les chercheurs soulignent que certaines limites de sa distribution restent encore à préciser.

Il serait donc scientifiquement incorrect de présenter la souris semi-aquatique de Lumumba comme « un animal que l’on ne trouve qu’en RDC ».

Mais son histoire reste profondément liée à la recherche sur la biodiversité congolaise.

L’intérêt de Colomys lumumbai dépasse ainsi largement cette petite souris.

La République démocratique du Congo possède l’une des biodiversités les plus importantes du continent africain. La Mammal Diversity Database y recense actuellement 514 espèces de mammifères vivants, réparties dans 15 ordres, 55 familles et 210 genres.

Le pays continue également de livrer de nouvelles découvertes scientifiques.

Un rapport consacré à une décennie de découvertes d’espèces dans le bassin du Congo recense plusieurs mammifères nouvellement décrits à partir de recherches et de spécimens provenant de RDC, parmi lesquels le lesula, plusieurs musaraignes, des chauves-souris et Colomys lumumbai.

Cette situation montre à quel point les forêts congolaises constituent encore un immense réservoir de biodiversité à étudier.

Si Colomys lumumbai n’est pas endémique de la RDC, le pays abrite bel et bien de nombreuses espèces dont l’aire naturelle est limitée au territoire congolais.

C’est notamment le cas du bonobo, du lesula et de plusieurs espèces de chauves-souris, musaraignes et autres petits mammifères.

Le rapport du WWF consacré aux découvertes dans le bassin du Congo identifie par exemple plusieurs espèces de mammifères dont la distribution est donnée comme limitée à la RDC, notamment Cercopithecus lomamiensis (le lesula), Crocidura lwiroensis, Hylomyscus pygmaeus, Hylomyscus thornesmithae, Myosorex kabogoensis, Rhinolophus kahuzi, Rhinolophus willardi et Scutisorex thori.

Parmi elles, certaines sont particulièrement remarquables par leur rareté. Le cas de Rhinolophus willardi, la chauve-souris fer-à-cheval de Willard, est révélateur : le WWF indique que cette espèce endémique n’est connue que de deux sites dans les hauts plateaux de Misotschi-Kabogo, au Sud-Kivu.

La découverte d’une espèce ne signifie pas pour autant que celle-ci est à l’abri.

Pour Colomys lumumbai, la qualité des petits cours d’eau et des forêts qui les entourent est particulièrement importante. Le rapport du WWF souligne notamment les menaces liées à l’exploitation minière, notamment l’or et le coltan, ainsi qu’à la dégradation générale des forêts et des habitats aquatiques.

La protection de la biodiversité congolaise passe donc aussi par la préservation de ces petits écosystèmes souvent ignorés.

La souris semi-aquatique de Lumumba n’est peut-être ni aussi connue que l’okapi ni aussi spectaculaire que le gorille. Elle raconte pourtant une histoire importante : celle d’une biodiversité congolaise dont une grande partie reste encore à découvrir, à étudier et à protéger.

Colomys lumumbai rappelle surtout que les trésors naturels de la RDC ne sont pas uniquement ceux que l’on peut facilement photographier dans les parcs nationaux.

Ils peuvent aussi se cacher dans un petit ruisseau forestier, derrière des feuilles humides, dans une forêt difficile d’accès ou dans les collections d’un musée où un spécimen peut attendre des décennies avant que la science ne révèle son véritable statut.

Pour la République démocratique du Congo, cette biodiversité constitue un patrimoine naturel exceptionnel. La connaître est une première étape pour mieux la protéger.

✍️ Guillaumette KABEMBA PUBI

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