
Les autorités sanitaires de la République démocratique du Congo ont appelé à ne pas relâcher les efforts de riposte contre la maladie à virus Ebola (MVE), malgré une évolution jugée encourageante de la situation épidémiologique. Le message a été lancé ce jeudi par le Dr Christian Ngandu, coordonnateur du Centre des opérations d’urgence de santé publique (COUSP), lors d’une conférence de presse organisée jeudi au siège de l’Institut national de santé publique (INSP) à Kinshasa.
Face aux journalistes, le Dr Christian Ngandu a expliqué que les analyses des données montrent une tendance à la baisse des cas, mais a insisté sur le fait qu’il ne s’agit pas encore du pic ou de la fin de l’épidémie. Selon lui, cette évolution devra être confirmée au cours des prochaines semaines grâce à une surveillance épidémiologique renforcée.
« Il ne s’agit pas d’un pic de l’épidémie, mais d’une tendance encourageante que nous devons maintenir. Si nous relâchons les efforts maintenant, nous risquons d’assister à une nouvelle flambée », a-t-il averti.
Le coordonnateur du COUSP a indiqué que la stratégie nationale de riposte repose sur une approche multisectorielle associant les secteurs de la santé, de l’environnement, de la sécurité ainsi que les communautés. Cette coordination permet de prendre en compte les réalités locales lors du déploiement des équipes et des interventions sur le terrain.
Il a également présenté le rôle du COUSP, qui coordonne les informations, les partenaires et les opérations de terrain tout au long du cycle de gestion des urgences sanitaires. Celui-ci s’articule autour de quatre phases complémentaires : la prévention, la préparation, la réponse et la résilience.
Selon le Dr Christian Ngandu, ces différentes étapes ne doivent jamais être considérées de manière isolée. La préparation permet d’anticiper les risques avant qu’une épidémie ne survienne, tandis que la réponse doit déjà intégrer des actions de relèvement afin de restaurer les capacités des personnes guéries et du système de santé.
- « Nous ne pouvons pas faire la réponse sans penser à la résilience. Les personnes guéries doivent retrouver une vie normale et les systèmes de santé affectés doivent être restaurés », a-t-il expliqué.
Le responsable a rappelé que la RDC est actuellement en mode de réponse, après la déclaration officielle de la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola le 15 mai 2026. Il a précisé que le COUSP fonctionne selon trois niveaux d’activation : la veille, l’alerte et la réponse, cette dernière étant actuellement en vigueur.
Au cours de son intervention, le coordonnateur a insisté sur l’importance de la communication dans la lutte contre Ebola. Il a distingué la communication institutionnelle, menée au niveau national et provincial pour coordonner les interventions, de la communication de proximité, réalisée directement dans les villages et les communautés avec l’appui des leaders locaux.
Dans les provinces en phase de préparation, les activités sont centrées sur la sensibilisation des populations aux mesures de prévention. En revanche, dans les provinces touchées par l’épidémie, les efforts portent davantage sur l’engagement communautaire afin de favoriser l’adhésion de la population aux mesures de riposte.
Le Dr Christian Ngandu s’est réjoui de constater une diminution des cas de résistance communautaire ainsi qu’un recul de la désinformation par rapport à l’année précédente. Il estime toutefois que ces progrès doivent être consolidés par des actions continues de communication et de sensibilisation.
« Les communautés sont au cœur de la préparation, de la réponse et de la résilience. Sans leur implication, il ne peut y avoir de succès », a-t-il déclaré.
Évoquant les risques aux frontières, notamment avec la République centrafricaine, le coordonnateur a rappelé que le risque zéro n’existe pas. C’est pourquoi plusieurs provinces frontalières demeurent en état de préparation, avec des formations destinées aux personnels de santé, des exercices de simulation, le prépositionnement de kits de riposte et le renforcement des capacités opérationnelles.
Il a toutefois précisé qu’aucune donnée ne confirme, à ce stade, un passage de cas d’Ebola entre la RDC et la République centrafricaine.
Le responsable du COUSP a également annoncé la poursuite du renforcement du système national de gestion des urgences sanitaires, notamment à travers la création progressive de Centres des opérations d’urgence de santé publique dans les provinces. Cette stratégie, inspirée de l’approche « 7-1-7 », vise à détecter rapidement les alertes, les notifier sans délai et déclencher une réponse rapide afin de limiter la propagation des maladies.
Le Dr Christian Ngandu a par ailleurs lancé un appel aux professionnels de santé, aux partenaires techniques et financiers ainsi qu’aux communautés pour maintenir les efforts engagés. Selon lui, seule une mobilisation collective et continue permettra de confirmer la tendance à la baisse observée actuellement et de parvenir au contrôle durable de la 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo.
✍️ Guillaumette KABEMBA PUBI