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RDC : Journée internationale des personnes âgées, derrière les accusations de sorcellerie, des aînés victimes de violences et d’exclusion

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Spread the loveEn République démocratique du Congo, vieillir devrait être synonyme de respect, de reconnaissance et de dignité. Pourtant, pour de nombreuses personnes âgées, cette étape de la vie est parfois marquée par les accusations de sorcellerie, les violences physiques, les humiliations, l’abandon et le rejet familial. À l’occasion de la Journée internationale des personnes […]

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En République démocratique du Congo, vieillir devrait être synonyme de respect, de reconnaissance et de dignité. Pourtant, pour de nombreuses personnes âgées, cette étape de la vie est parfois marquée par les accusations de sorcellerie, les violences physiques, les humiliations, l’abandon et le rejet familial. À l’occasion de la Journée internationale des personnes âgées, célébrée chaque 1er octobre, cette réalité interpelle et appelle à une mobilisation collective pour protéger les droits des aînés.

En RDC, derrière les valeurs traditionnelles qui consacrent le respect des personnes âgées, se cache une réalité beaucoup plus douloureuse. Certains aînés, au lieu de bénéficier de la considération et de la protection de leurs familles et de leurs communautés, deviennent les victimes de pratiques discriminatoires et de violences particulièrement préoccupantes.

Dans plusieurs communautés, des personnes âgées sont injustement accusées de sorcellerie à la suite d’un décès, d’une maladie, d’un accident, d’un échec ou d’autres événements malheureux survenus dans leur entourage. Ces accusations, souvent fondées sur des croyances et des soupçons sans preuve, peuvent transformer les dernières années de leur vie en véritable épreuve.

Les conséquences de ces accusations ne se limitent pas aux insultes et au rejet familial. Dans certaines localités, elles débouchent sur des agressions physiques, des humiliations publiques, des incendies d’habitations et parfois des assassinats.

Dans le territoire de Mbanza-Ngungu, au Kongo-Central, des témoignages relayés par Radio Okapi le 2 novembre 2026 font état de violences répétées contre des personnes âgées dans plusieurs villages. Victor Nzuzi Mbembe, notable de la région et acteur de la société civile dans le secteur de Boko, dénonce notamment des humiliations, des agressions physiques et des meurtres liés aux accusations de sorcellerie.

Parmi les cas évoqués figure celui d’un homme de 90 ans qui aurait été brûlé dans sa maison à Kimbongo en septembre dernier, à la suite d’un conflit foncier. À Gombe-Sud, un autre homme de plus de 70 ans aurait été tué à coups de machette après avoir été accusé de sorcellerie par des membres de sa propre famille.

Le même acteur de la société civile rapporte également le cas de deux agents de l’INERA de Mvuazi, âgés de plus de 66 ans, qui auraient été publiquement humiliés et traités de sorciers avant leur affectation dans le Mayombe, malgré leur âge avancé et leur état de santé fragile. Selon son témoignage, l’un d’eux serait décédé trois semaines après cette affectation.

Cette situation n’est pas isolée. Au Sud-Kivu, notamment dans le territoire de Fizi, des assassinats de personnes âgées soupçonnées de sorcellerie ont également été signalés. En mars 2026, l’administrateur du territoire, Samy Kalonji Badibanga, avait alerté sur plusieurs assassinats ciblés dans les quatre secteurs de cette entité, évoquant notamment plus de douze personnes âgées tuées dans le seul secteur de Tanganyika pour ce motif.

Ces faits illustrent une réalité particulièrement préoccupante : des personnes qui devraient bénéficier de protection et de considération deviennent des boucs émissaires face aux difficultés familiales, aux maladies, aux décès ou aux conflits communautaires.

« Aucune croyance, aucune accusation et aucun malheur familial ne peuvent justifier la torture, les coups, l’humiliation ou l’assassinat d’un être humain. » Une accusation de sorcellerie ne constitue ni une preuve ni une autorisation de se faire justice soi-même.

La lutte contre ces violences ne peut reposer uniquement sur les familles. Elle exige une réponse ferme des pouvoirs publics, des services judiciaires, des organisations de défense des droits humains, des responsables communautaires et des leaders religieux.

Les autorités doivent renforcer les mécanismes de signalement, assurer la protection des victimes, enquêter sur les violences rapportées, poursuivre les auteurs présumés dans le respect des procédures judiciaires et garantir aux personnes âgées l’accès à la justice.

Les familles doivent également prendre conscience de leur responsabilité. Une personne âgée ne doit pas être abandonnée, chassée de son domicile ou privée de ses droits simplement parce qu’elle est devenue dépendante, malade ou considérée comme différente.

Les communautés, de leur côté, doivent être sensibilisées afin de déconstruire les croyances et les pratiques qui favorisent la stigmatisation. Les Églises, les chefs coutumiers et les acteurs sociaux ont un rôle important à jouer dans la prévention des accusations arbitraires et la promotion de la cohabitation pacifique.

Le 1er octobre 2026, à l’occasion de la Journée internationale des personnes âgées, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a justement appelé au renforcement et à la restructuration des mécanismes de protection des aînés en RDC.

La révérende Véronique Ngongo, commissaire nationale chargée des droits des personnes vivant avec handicap et autres personnes vulnérables à la CNDH, a souligné que le pays ne dispose pas encore d’un cadre juridique spécifique suffisamment développé pour assurer la promotion et la protection des droits des personnes âgées.

Elle a salué l’examen à l’Assemblée nationale d’une proposition de loi consacrée à cette question et plaidé également pour la ratification par la RDC du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des personnes âgées en Afrique.

En 2026, les Nations unies ont placé cette journée sous le thème : « L’ère de la longévité : repenser nos systèmes pour vivre plus longtemps ». Cette thématique invite les gouvernements et les sociétés à faire en sorte que l’allongement de la vie s’accompagne de soins, de sécurité, de participation sociale et du respect des droits fondamentaux.

Mais en RDC, cette ambition reste confrontée à une réalité douloureuse : comment parler de longévité lorsque certaines personnes âgées vivent dans la peur d’être accusées, chassées de leur domicile, violentées ou tuées ?

Les personnes âgées ne sont pas des fardeaux. Elles sont des parents, des grands-parents, des témoins de notre histoire et des acteurs qui ont contribué à construire nos familles et nos communautés. Leur âge ne doit jamais devenir un motif de discrimination ou de persécution.

Il est temps de mettre fin à la banalisation des accusations de sorcellerie utilisées pour justifier les violences contre les aînés. Il est également temps que les familles, les Églises, les chefs coutumiers et les autorités comprennent qu’aucune tradition ni croyance ne peut être placée au-dessus de la dignité humaine.

 » Protéger les personnes âgées, ce n’est pas leur faire une faveur. C’est respecter leurs droits et défendre notre humanité. Car une société qui maltraite ses aînés compromet également la sécurité et la dignité de ses propres générations futures. »

✍️ Guillaumette KABEMBA PUBI

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