
Face à la montée des troubles de santé mentale chez les jeunes en République démocratique du Congo, le Dr Roussel Kabeya plaide pour une réponse nationale structurée, combinant prévention, renforcement du système de santé et création d’espaces d’écoute. Il alerte sur l’impact du chômage, des pressions sociales et de la mauvaise utilisation des réseaux sociaux sur la santé psychologique de la jeunesse.
Dans une interview exclusive consacrée à la santé mentale en RDC accordée à eco-vie.cd, Dr Roussel Kabeya a dressé un tableau préoccupant de la situation psychologique des jeunes, tout en proposant des pistes de solutions concrètes pour améliorer la prévention et la prise en charge.
Le Dr Roussel Kabeya coordonne les activités de Clinique Mobile des Médecins Volontaires Engagés pour la Communauté, une structure présente dans 11 provinces du pays et composée de médecins, infirmiers, psychologues, experts en santé publique, en santé mentale et en nutrition.
Selon le Dr Kabeya, la santé mentale constitue aujourd’hui un véritable enjeu de santé publique en RDC, particulièrement chez les jeunes.
« La santé mentale des jeunes en RDC est un sérieux problème de santé publique. Beaucoup sont confrontés au chômage, aux difficultés économiques et à la pression sociale », explique-t-il.
Il souligne également l’impact croissant des réseaux sociaux dans les comportements à risque observés chez certains jeunes.
« Les réseaux sociaux sont devenus des espaces d’exposition excessive, d’injures et parfois de dérives qui aggravent les tensions psychologiques », ajoute-t-il.
Parmi les pathologies les plus observées, le spécialiste cite notamment les troubles anxieux, la dépression et les addictions, en particulier à l’alcool, aux jeux de hasard et aux réseaux sociaux.
« Certains jeunes, faute d’emploi ou de perspectives, se réfugient dans des comportements addictifs, pensant résoudre leurs problèmes, alors que cela aggrave leur situation », prévient-il.
Le médecin évoque également la hausse inquiétante des cas de détresse psychologique sévère pouvant conduire à des actes de désespoir.
Pour le Dr Kabeya, l’un des principaux obstacles reste le silence autour des troubles mentaux.
« Beaucoup de jeunes souffrent en silence. Ils ne partagent pas leurs difficultés et finissent par s’enfermer dans la dépression ou les addictions », déplore-t-il.
Il insiste sur la nécessité de briser les tabous et de normaliser le dialogue autour de la santé mentale.
Face à cette situation, le spécialiste propose plusieurs pistes d’action prioritaires.
Il recommande notamment :
- l’intégration de la santé mentale dans les soins de santé primaires ;
- le renforcement des ressources humaines spécialisées ;
- la création d’espaces d’écoute dans les écoles et universités ;
- l’investissement dans les infrastructures de santé mentale ;
et la sensibilisation communautaire.
« Il faut investir dans la santé mentale et former davantage de professionnels. Il est aussi essentiel de créer des espaces où les jeunes peuvent s’exprimer librement », insiste-t-il.
Le Dr Kabeya appelle également les familles à jouer un rôle actif dans la prévention.
« Les parents doivent pratiquer l’écoute active et encourager le dialogue avec leurs enfants », affirme-t-il.
Aux jeunes, il adresse un message fort :
« Ne mourrez pas en silence. Parler de ses problèmes est déjà un premier pas vers la solution. L’alcool et les addictions ne sont pas des solutions. »
Pour le Dr Kabeya, la prise en charge efficace de la santé mentale en RDC passe par une action coordonnée entre l’État, les professionnels de santé, les familles et la société civile. Il estime qu’un investissement sérieux dans ce domaine permettrait de construire une jeunesse plus résiliente et une société plus équilibrée.
✍️ Guillaumette KABEMBA PUBI