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RDC : des cimetières saturés, des tombes effacées et des familles privées de leur devoir de mémoire

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En cette Journée des parents, traditionnellement consacrée au recueillement sur les tombes des proches disparus, de nombreuses familles congolaises se heurtent à une douloureuse réalité : elles ne retrouvent plus les sépultures de leurs parents. Entre la saturation des cimetières, les enterrements par superposition, le manque d’entretien et l’urbanisation anarchique, plusieurs lieux d’inhumation en République démocratique du Congo perdent progressivement leur vocation de lieux de mémoire.

Dans plusieurs grandes villes du pays, notamment à Kinshasa, les cimetières publics sont confrontés à une dégradation avancée. Des herbes envahissent les allées, des tombes sont abandonnées ou détruites, tandis que certaines sépultures disparaissent complètement sous l’effet des nouvelles inhumations pratiquées sur des espaces déjà saturés.

Le cas du cimetière de Kintambo est particulièrement révélateur. Une mission d’information de l’Assemblée provinciale de Kinshasa a estimé que plus de 123.200 sépultures y sont devenues introuvables après plusieurs décennies d’enterrements par superposition, malgré la fermeture officielle du site. Cette situation prive des milliers de familles de tout repère pour se recueillir sur la tombe de leurs proches.

La douleur est profonde pour de nombreuses personnes qui, parfois après avoir parcouru de longues distances, découvrent avec amertume qu’il est devenu impossible de localiser la tombe d’un parent. L’effacement des croix, des plaques funéraires et des repères d’origine transforme ces lieux de mémoire en espaces où les souvenirs s’effacent peu à peu avec le temps.

Au-delà de Kinshasa, d’autres provinces connaissent également des difficultés similaires. À Kananga, par exemple, le principal cimetière provincial est confronté à la saturation, à l’érosion et à une végétation envahissante qui rend l’identification de nombreuses tombes de plus en plus difficile. Les habitants craignent que ces dégradations n’entraînent davantage de pertes de sépultures et des risques sanitaires.

Pour les spécialistes, un cimetière n’est pas seulement un terrain destiné aux inhumations. Il représente un patrimoine familial, culturel et historique. La disparition des sépultures prive les familles d’un espace de recueillement et efface progressivement une partie de la mémoire collective.

Face à cette situation, plusieurs voix plaident pour une réforme de la gestion des cimetières en RDC. Parmi les pistes évoquées figurent la création de nouveaux espaces d’inhumation, la numérisation des registres des tombes, une meilleure cartographie des sépultures, le renforcement de l’entretien des cimetières et l’application stricte des règles interdisant les enterrements dans les sites officiellement fermés et saturés.

En cette journée de souvenir, la question dépasse la seule gestion des espaces funéraires. Elle interpelle les autorités sur la nécessité de préserver la dignité des défunts et le droit des familles à conserver un lieu où honorer la mémoire de leurs êtres chers.

✍️ Guillaumette KABEMBA PUBI

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