À l’occasion de la Journée internationale de la femme rurale, célébrée chaque 15 octobre, l’attention se porte sur ces femmes qui contribuent quotidiennement à nourrir les familles, à faire vivre les marchés et à préserver les ressources naturelles. En République démocratique du Congo (RDC), leur travail représente un pilier essentiel de la sécurité alimentaire. Pourtant, l’accès limité à la terre, au financement, aux équipements agricoles et aux débouchés commerciaux continue de freiner leur autonomisation économique.
Chaque jour, dans les villages et les zones agricoles de la République démocratique du Congo, des milliers de femmes se lèvent pour travailler les champs, semer, récolter, transformer les produits agricoles ou les acheminer vers les marchés. Derrière les aliments qui arrivent dans les assiettes des ménages se trouve souvent le travail de ces agricultrices, commerçantes et transformatrices dont la contribution reste insuffisamment reconnue.
Célébrée le 15 octobre, la Journée internationale de la femme rurale a été instituée par l’Assemblée générale des Nations unies en 2007. Sa première célébration officielle a eu lieu en 2008. Elle vise notamment à reconnaître le rôle des femmes rurales dans le développement agricole, la lutte contre la pauvreté et l’amélioration de la sécurité alimentaire.

En RDC, où l’agriculture constitue une source importante de revenus et de subsistance pour de nombreux ménages, les femmes rurales participent à plusieurs étapes de la chaîne alimentaire. Elles interviennent dans la production vivrière, la pêche, l’élevage, la conservation des semences, la transformation des récoltes et la commercialisation des produits.
Leur contribution ne se limite pas à la production agricole. Les revenus qu’elles tirent de leurs activités permettent de répondre à des besoins essentiels, notamment l’alimentation, la scolarisation des enfants, les soins de santé et les dépenses quotidiennes des ménages.
Leur rôle est également déterminant dans la préservation de la biodiversité et la gestion des ressources naturelles. Grâce à leurs connaissances des sols, des semences et des pratiques agricoles locales, elles contribuent au maintien des systèmes de production dont dépendent de nombreuses communautés.
Cependant, cette responsabilité considérable ne s’accompagne pas toujours de moyens suffisants pour améliorer la productivité, augmenter les revenus ou développer des activités génératrices de valeur.

Selon les Nations unies, les femmes représentent près de 40 % de la main-d’œuvre agricole mondiale, avec une proportion supérieure à 50 % dans certaines régions d’Afrique et d’Asie. Pourtant, elles disposent généralement de moins de possibilités que les hommes pour accéder à la terre, au crédit, aux intrants agricoles et aux marchés rémunérateurs.
L’un des principaux obstacles à l’autonomisation des femmes rurales demeure l’accès aux ressources productives.
Dans de nombreuses communautés, les agricultrices travaillent sur des terres familiales ou communautaires sans disposer nécessairement d’un titre foncier garantissant leurs droits. Cette situation peut limiter leur capacité à investir durablement dans leurs exploitations ou à utiliser leurs terres comme garantie pour obtenir un financement.
À cette difficulté s’ajoutent les obstacles à l’accès aux crédits agricoles, aux semences améliorées, aux engrais, aux outils adaptés et aux formations techniques.
Faute de moyens financiers, certaines femmes continuent de pratiquer une agriculture essentiellement destinée à la subsistance, avec une capacité limitée à augmenter les volumes de production ou à transformer leurs récoltes.

La commercialisation constitue un autre défi. Les difficultés de transport, l’éloignement des marchés, le manque d’infrastructures de conservation et les pertes après récolte peuvent réduire considérablement les revenus des productrices.
Dans ces conditions, même lorsqu’une récolte est bonne, les bénéfices tirés du travail agricole ne permettent pas toujours de couvrir les besoins du ménage ni de financer la campagne suivante.
Les femmes rurales sont également confrontées aux conséquences des dérèglements climatiques. Les fortes pluies, les inondations, les périodes de sécheresse et la dégradation des sols peuvent compromettre les récoltes et fragiliser les revenus agricoles.
Lorsque les cultures sont détruites ou que les rendements diminuent, les conséquences se répercutent sur l’ensemble du ménage. La disponibilité des aliments peut se réduire, les revenus baisser et les dépenses liées à l’éducation ou à la santé devenir plus difficiles à supporter.
À Kinshasa, les activités maraîchères illustrent aussi cette vulnérabilité. Dans un reportage publié le 15 octobre 2026, Radio Okapi a notamment mis en lumière les difficultés rencontrées par les maraîchères de Badiadingi face aux dégâts provoqués par les fortes pluies. Cette situation rappelle que les aléas climatiques peuvent affecter directement la production, les moyens de subsistance et l’approvisionnement des consommateurs urbains.
Face à ces risques, l’accès à des semences adaptées, à des systèmes d’irrigation, à des formations sur les pratiques agricoles résilientes et à des mécanismes d’assurance agricole pourrait contribuer à mieux protéger les exploitations familiales.
Au-delà des champs et des marchés, les femmes rurales assument fréquemment une grande partie des tâches domestiques et des responsabilités familiales. La préparation des repas, la collecte de l’eau, les soins aux enfants et aux personnes dépendantes s’ajoutent ainsi aux longues journées consacrées aux activités agricoles.
Cette accumulation de responsabilités réduit le temps disponible pour la formation, le développement d’une entreprise ou la participation aux instances de décision communautaires.
Par ailleurs, le travail familial non rémunéré et les activités informelles rendent parfois leur contribution économique difficile à mesurer. Les femmes peuvent participer activement à la production sans contrôler les revenus générés ni prendre seules les décisions concernant l’utilisation des bénéfices.
L’autonomisation économique suppose donc davantage que l’accès à une activité agricole. Elle nécessite également que les femmes puissent décider de l’utilisation de leurs revenus, accéder aux ressources productives et participer aux décisions qui concernent leur avenir.
L’amélioration des conditions de vie des femmes rurales passe par des mesures concrètes et durables.
Premièrement, sécuriser leur accès à la terre. La reconnaissance effective de leurs droits fonciers, notamment en matière de propriété et de succession, peut favoriser les investissements agricoles et renforcer leur indépendance économique.
Deuxièmement, faciliter l’accès au financement. Des mécanismes de microcrédit adaptés aux activités agricoles, des coopératives d’épargne et des produits financiers accessibles pourraient leur permettre d’acquérir des équipements, d’acheter des intrants et de développer des activités de transformation.
Troisièmement, renforcer les infrastructures rurales. L’amélioration des routes de desserte agricole, l’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux installations de stockage et aux moyens de transport contribuerait à réduire les pertes après récolte et à faciliter l’acheminement des produits vers les marchés.
Quatrièmement, investir dans la formation et les technologies. Les formations en techniques agricoles, en gestion financière, en transformation agroalimentaire et en commercialisation peuvent aider les productrices à améliorer leurs rendements et à accroître leurs revenus.
Enfin, garantir leur participation aux décisions. Les femmes rurales doivent pouvoir prendre part à l’élaboration des programmes agricoles et des politiques de développement local. Leur expérience de terrain constitue une ressource importante pour concevoir des réponses adaptées aux réalités des communautés.
La FAO souligne que l’égalité d’accès à la terre, aux financements, aux technologies, à l’éducation et aux services agricoles est essentielle pour améliorer les moyens de subsistance des agricultrices et renforcer la résilience des systèmes alimentaires.
La Journée internationale de la femme rurale ne devrait pas se limiter à des hommages symboliques. Elle constitue une occasion de rappeler que la sécurité alimentaire, le développement économique et la lutte contre la pauvreté sont étroitement liés aux conditions de vie de celles qui produisent, transforment et commercialisent une part importante des aliments consommés par les populations.
En République démocratique du Congo, leur donner davantage de moyens pourrait contribuer à améliorer les revenus des ménages, à soutenir l’économie locale et à renforcer la disponibilité des produits alimentaires.
Cela implique des engagements durables des pouvoirs publics, des institutions financières, des organisations agricoles, des partenaires au développement et du secteur privé.
Derrière chaque récolte, il y a un travail, un savoir-faire et souvent des sacrifices invisibles. Reconnaître la femme rurale, c’est aussi lui donner les moyens de vivre dignement de son travail, de nourrir sa famille et de participer pleinement au développement de sa communauté.
✍️ Guillaumette KABEMBA PUBI
