
A quelques jours de la rentrée scolaire 2026-2027, prévue le 1 Septembre en République démocratique du Congo, les écoles de Kinshasa s’activent pour accueillir les élèves. Mais sur le terrain, la préparation se fait dans un contexte marqué par des contraintes matérielles, la nécessité de renforcer l’hygiène face au contexte Ebola et une faible affluence des parents dans certains marchés et commerces scolaires.
Dans certains établissements visités à Kinshasa, les préparatifs de la rentrée scolaire sont déjà engagés. À l’école conventionnée kimbanguiste Dialungana, située dans le quartier Bumba, dans la commune de Ngaliema, le surnuméraire Lusitana Paul explique que le personnel administratif a repris le travail depuis le 19 août, tandis que la rentrée des enseignants est annoncée pour le 27 août.
« Nous, les administratifs, sommes déjà à l’école depuis le 19 août. Bientôt, nous allons recevoir les enseignants. La rentrée des enseignants sera le 27 », explique-t-il.
Du côté des inscriptions, l’affluence des parents reste toutefois faible. Selon le surnuméraire, une trentaine d’élèves seulement avaient été inscrits lors de la première phase, même si l’effectif définitif doit également tenir compte des élèves déjà scolarisés et des redoublants.
L’établissement souhaite également limiter ses effectifs à environ 300 élèves pour l’ensemble de l’école, contre plus de 400 l’année précédente.
« L’année passée, on avait 416 », rappelle Lusitana Paul, qui explique vouloir éviter cette année des classes trop chargées. Selon lui, les salles accueillaient généralement entre 30 et 35 élèves, mais certaines classes avaient dépassé les 50 élèves.
Le manque de bancs, une autre difficulté

À l’école conventionnée adventiste EPA matondo, située avenue Matondo n°36, dans le quartier Kingu, commune de Selembao, la rentrée se prépare également avec des travaux d’aménagement et la fabrication de bancs.
Le responsable de l’établissement, Manyakata manyi Joseph, explique que le principal problème reste l’insuffisance de places assises, alors que l’école dispose d’un espace qui lui permettrait d’accueillir davantage d’élèves.
« Le problème qui nous accable, c’est par rapport aux places assises pour les enfants », témoigne-t-il.
Depuis le début des inscriptions, 65 élèves, toutes classes confondues, ont déjà été inscrits, selon les précisions apportées par l’établissement. La direction affirme toutefois que le manque de bancs limite sa capacité réelle d’accueil.
« L’école a la capacité d’accueillir plusieurs élèves, mais nous sommes victimes d’un problème de places assises », souligne le responsable.
L’établissement affirme avoir entrepris des démarches auprès des autorités afin d’obtenir davantage de bancs. En attendant, les responsables disent continuer à inscrire les enfants en fonction de la taille des salles de classe et du nombre de bancs disponibles.
L’hygiène au cœur des préparatifs
Alors que la RDC fait face à une épidémie de maladie à virus Ebola dans certaines provinces, la prévention sanitaire constitue également une préoccupation pour les écoles.
À Kinshasa, bien qu’aucun cas de la maladie à virus ebola n’est signalé , les responsables scolaires disent néanmoins vouloir renforcer les mesures d’hygiène.
À l’école conventionnée kimbanguiste Dialungana, la direction prévoit notamment l’achat de lave-mains et de savon liquide.
« Nous allons acheter les lave-mains et le savon liquide », indique Lusitana Paul.
À l’école conventionnée adventiste de Selembao, les responsables annoncent également l’installation de dispositifs de lavage des mains et l’entretien des latrines.
« Il y a aussi des lave-mains qu’on va placer pour que les enfants puissent laver les mains régulièrement. Et puis les latrines aussi, nous avons des latrines qui vont être aménagées », explique Manyakata manyi Joseph.
Ces mesures interviennent alors que les autorités éducatives ont appelé les établissements scolaires à prendre des dispositions préventives pour limiter les risques de propagation des maladies.
Dans les marchés, une rentrée sans grand engouement
Si les écoles se préparent, l’ambiance est différente dans certains commerces spécialisés dans les articles scolaires.

Au marché de l’UPN, Mathieu Bulamba alias « star« , 37 ans, père de quatre enfants et vendeur d’uniformes scolaires, constate une baisse de l’activité par rapport aux années précédentes.
« Contrairement aux années précédentes, cette rentrée scolaire, l’engouement au niveau du marché ne se sent vraiment pas », témoigne-t-il.
Le commerçant explique également que les démolitions ayant touché certaines infrastructures du marché ont perturbé l’activité et entraîné la perte de plusieurs étalages.
Selon lui, les ventes se limitent actuellement à environ trois à quatre uniformes par jour. Un ensemble comprenant notamment une jupe et une chemise coûte entre 15 000 et 20 000 francs congolais.
« Les parents ne viennent vraiment pas et ça nous perturbe », déplore-t-il.
Pour les vendeurs, la faible affluence des parents se traduit directement par un ralentissement des recettes.
Les couturiers ressentent aussi la baisse de la demande
Dans les ateliers de couture, la situation est similaire.

Paul Kabasile, couturier, marié et père de famille, affirme recevoir à peine deux parents par jour, une fréquentation qu’il juge nettement inférieure à celle des années précédentes.
« Comparativement aux années antérieures, cette rentrée scolaire, nous avons du mal à trouver des clients. À peine deux parents par jour », explique-t-il.
Habituellement, la période de rentrée scolaire constitue pour lui une occasion importante de renforcer ses recettes. Les revenus générés lui permettent notamment de payer certaines charges et de préparer la rentrée scolaire de ses propres enfants.
« Étant parents, lorsque les clients viennent avec les uniformes pour que l’on puisse coudre pour eux, l’argent que nous récupérons nous permet de faire à notre tour la rentrée scolaire de nos enfants », explique-t-il.
Mais cette année, dit-il, les parents qui viennent se plaignent davantage de leurs difficultés financières.
« Pour cette année, il n’y a que des pleurs », résume le couturier.
Les cahiers restent également sur les étals

Même constat chez Laurence Nseka , vendeuse de cahiers. À quelques jours de la rentrée, elle affirme avoir du mal à écouler ses marchandises.
« Pour cette année, je dirais qu’il n’y a pas de vente. Une semaine de la rentrée scolaire, on n’arrive pas à écouler nos marchandises », témoigne-t-elle.
Selon son témoignage, plusieurs parents rencontrés dans son commerce expliquent ne pas encore avoir perçu leur salaire.
« Beaucoup de parents disent qu’ils n’ont pas encore touché leur salaire, alors qu’on est déjà le 25 et que la rentrée, c’est pour la semaine prochaine », rapporte-t-elle.
La vendeuse appelle ainsi à un paiement régulier et à temps des fonctionnaires, estimant que cela permettrait aux familles de préparer plus facilement la rentrée et aux petits commerçants d’écouler leurs marchandises.
« Si le gouvernement peut payer les fonctionnaires à temps, ça permettra à nous aussi de vendre et puis de préparer la rentrée scolaire de nos enfants », plaide-t-elle.
Il sied de noter que ,Cette initiative a été menée dans le cadre de l’engagement du Réseau des journalistes amis de l’enfant à documenter régulièrement les conditions de vie, les besoins et les préoccupations des enfants, afin de contribuer à une meilleure prise en compte de leurs droits et de leur bien-être.
À quelques jours de la reprise des cours, les témoignages recueillis à Kinshasa dressent donc le portrait d’une rentrée scolaire à plusieurs visages.
Dans les écoles, les responsables s’attellent à préparer les infrastructures, organiser les inscriptions et renforcer les mesures d’hygiène. Mais le manque de bancs à l’école conventionnée adventiste de Selembao et la volonté de limiter les effectifs à Dialungana restent des défis importants.
Dans les marchés et ateliers, la faible affluence des parents inquiète également les vendeurs d’uniformes, de cahiers et les couturiers, pour qui la rentrée constitue habituellement une période de forte activité.
À l’approche du 1 Septembre, la question demeure donc celle de la capacité des familles à réunir les moyens nécessaires pour acheter uniformes, cahiers et autres fournitures scolaires. Sur le terrain, les acteurs rencontrés disent ressentir une baisse de l’engouement par rapport aux années précédentes, faisant de cette rentrée un moment d’incertitude pour les familles comme pour les petits acteurs économiques qui vivent de cette période.
✍️ Guillaumette KABEMBA PUBI