
À Kinshasa comme dans plusieurs grandes villes de la République démocratique du Congo, les arbres disparaissent progressivement sous l’effet de l’urbanisation, des constructions et de l’extension des espaces bétonnés. Cette transformation du paysage urbain ne constitue pas uniquement une menace pour l’environnement. Elle peut également avoir des conséquences sur la santé des populations, notamment à travers l’augmentation de la chaleur, la dégradation de la qualité de l’air et l’exposition accrue aux risques liés aux pluies et aux inondations.
Dans une ville en pleine expansion comme Kinshasa, les arbres jouent un rôle essentiel. Ils apportent de l’ombre, participent au rafraîchissement de l’environnement, contribuent à améliorer la qualité de l’air et favorisent l’infiltration des eaux de pluie.
Mais à mesure que les espaces végétalisés disparaissent au profit des routes, des bâtiments et des surfaces bétonnées, les habitants peuvent être davantage exposés à un environnement urbain plus chaud et moins respirable.
L’un des premiers effets de la réduction de la couverture végétale concerne la température en milieu urbain.
Les routes, les murs et les toitures absorbent fortement la chaleur du soleil avant de la restituer progressivement. Les arbres, eux, apportent de l’ombre et participent au rafraîchissement de l’environnement grâce à l’évapotranspiration.
Pour Jhon Amisi, environnementaliste, cette transformation peut accentuer le phénomène d’îlot de chaleur urbain.
« Les routes, les murs, les toitures absorbent fortement la chaleur du soleil et la restituent progressivement. Les arbres, eux, apportent de l’ombre et participent au rafraîchissement de l’environnement grâce à l’évapotranspiration. Dans une ville densément construite, la diminution de la couverture végétale peut donc accentuer le phénomène d’îlot de chaleur urbain. »
Or, la chaleur excessive n’est pas uniquement une question de confort. Une exposition importante à de fortes températures peut affecter particulièrement les personnes vulnérables, notamment les enfants, les personnes âgées et celles dont l’organisme supporte difficilement les fortes chaleurs.
Dans ce contexte, maintenir des arbres et des espaces ombragés dans les quartiers et le long des grandes artères peut contribuer à rendre certains espaces urbains plus supportables pour les populations.
Pollution de l’air : un autre enjeu sanitaire
La disparition des arbres pose également la question de la qualité de l’air.
À Kinshasa, la circulation automobile, les activités économiques et la poussière constituent des sources importantes de pollution locale. Or, une mauvaise qualité de l’air peut avoir des conséquences sur la santé respiratoire et sur le bien-être général des populations.
Les espaces végétalisés ne peuvent évidemment pas éliminer à eux seuls la pollution atmosphérique. Mais leur préservation peut participer à la création d’un environnement urbain plus agréable et plus sain.
Jhon Amisi insiste sur cette nécessité :
« Pour une grande ville comme Kinshasa, où la circulation automobile, les activités économiques et la poussière constituent des sources importantes de pollution locale, préserver et développer des espaces végétalisés peut contribuer à créer un environnement urbain plus sain. »
La question devient ainsi celle d’une véritable politique de santé urbaine : réduire les sources de pollution, améliorer la mobilité, renforcer l’assainissement et préserver les espaces végétalisés doivent être pensés ensemble.
Le rôle des arbres concerne également la gestion des eaux de pluie.
Les espaces végétalisés permettent au sol d’absorber une partie de l’eau et contribuent à ralentir le ruissellement.
À l’inverse, lorsque les sols naturels sont remplacés par du béton ou de l’asphalte, l’eau peut s’écouler plus rapidement vers les caniveaux et les cours d’eau.
Dans les villes confrontées aux fortes pluies et aux problèmes de drainage, cette situation peut contribuer à accentuer certains risques liés au ruissellement et aux inondations.
Pour Jhon Amisi, il est donc nécessaire de renforcer la présence des arbres dans l’espace urbain.
« Dans les villes confrontées aux fortes pluies et aux problèmes de drainage, la disparition des espaces verts peut donc contribuer à accentuer certains risques liés au ruissellement et aux inondations. Implanter des arbres dans les grandes artères fera en sorte que la ville puisse respirer. »
Les inondations constituent elles aussi un enjeu de santé publique, notamment en raison de leurs conséquences sur l’habitat, l’accès à l’eau, l’assainissement et les conditions de vie des populations touchées.
Des espaces verts pour le bien-être physique et mental
L’importance des arbres ne se limite pas à leur capacité à rafraîchir l’environnement.
Les espaces verts offrent également aux habitants des lieux où marcher, se détendre, pratiquer certaines activités physiques ou simplement échapper quelques instants à la forte densité urbaine.
Dans une métropole où la population est en constante croissance, conserver des espaces végétalisés peut ainsi contribuer à améliorer le cadre de vie et le bien-être des habitants.
La santé publique ne concerne donc pas uniquement la prise en charge des maladies dans les hôpitaux. Elle passe également par la création d’un environnement favorable à la santé
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Planter de nouveaux arbres, mais préserver les arbres matures
Face à la disparition progressive de la végétation, planter de nouveaux arbres apparaît comme une nécessité. Mais cette démarche ne doit pas conduire à négliger les arbres déjà présents dans les villes.
Pour Jhon Amisi, il faut notamment éviter que les plantations servent de justification à l’abattage systématique des arbres matures.
« La plantation de nouveaux arbres est importante, mais elle ne doit pas servir de justification à l’abattage systématique des arbres matures. Un arbre adulte fournit généralement des services écologiques qu’un jeune plant mettra des années à reproduire. »
Un arbre mature fournit immédiatement de l’ombre et contribue au rafraîchissement de son environnement. Sa présence peut donc représenter un bénéfice concret pour les habitants, alors qu’un jeune arbre devra attendre plusieurs années avant d’atteindre une taille comparable.
Le développement urbain de Kinshasa est indispensable. Mais la manière dont la ville se construit mérite d’être repensée.
Construire des routes, des logements, des écoles et d’autres infrastructures ne devrait pas nécessairement signifier supprimer les arbres et réduire les espaces verts.
Au contraire, la végétation devrait être intégrée dans les projets d’aménagement dès leur conception. Les arbres le long des avenues, les espaces verts dans les quartiers et la conservation des arbres existants peuvent devenir des éléments à part entière de la planification urbaine.
Cette approche permettrait de considérer l’environnement comme un déterminant important de la santé des populations.
Pour Jhon Amisi, le modèle d’une ville moderne doit justement intégrer cette dimension.

« Une ville moderne n’est pas nécessairement une ville entièrement bétonnée, c’est aussi une ville capable de conserver une place pour la nature et de protéger la santé de ceux qui y vivent. »
La disparition des arbres en milieu urbain ne devrait donc plus être considérée comme une simple perte esthétique ou environnementale.
Elle concerne également la chaleur, la qualité de l’air, la gestion des eaux de pluie, le bien-être des populations et, plus largement, la santé publique.
Pour Kinshasa et les autres grandes villes de la RDC, l’enjeu est désormais de trouver un équilibre entre développement urbain et protection de la nature.
Planter davantage d’arbres est nécessaire. Mais préserver les arbres existants l’est tout autant.
Car protéger les arbres en ville, ce n’est pas seulement protéger l’environnement. C’est aussi contribuer à construire un cadre de vie plus frais, plus respirable et plus favorable à la santé des populations.
✍️ Guillaumette KABEMBA PUBI