
Chaque matin, alors que des milliers d’enfants prennent le chemin de l’école, « Davina », 7 ans, rejoint sa mère sur la Route nationale n°1, juste après l’entrée principale de l’Université pédagogique nationale (UPN), à proximité d’une grande banque de la place. Son quotidien n’est pas rythmé par les cours ou les jeux, mais par la mendicité.
En cette saison sèche à Kinshasa, marquée par des températures parfois très basses, la fillette passe de longues heures assise au bord de la route, exposée au vent, au froid, à la poussière et aux intempéries, avec tous les risques que cela comporte pour sa santé, notamment les infections respiratoires.
Lorsque l’équipe d’eco-vie.cd s’est approchée d’elle, la fillette a lancé d’une voix triste : « Maman, sombelanga mikate », une expression en lingala qui signifie : « Maman, achète-moi des beignets. »
Afin d’engager la conversation, notre équipe lui a remis quelques billets de banque. « Davina » a expliqué que la femme assise à quelques mètres d’elle est sa mère et qu’elles viennent chaque matin à cet endroit pour solliciter l’aumône des clients qui entrent et sortent de la banque.
À notre grande surprise, la fillette nous a confié n’avoir jamais été sur le banc de l’école.
« Je n’ai jamais été à l’école », nous a-t-elle déclaré.
Une affirmation qui interpelle, alors que la République démocratique du Congo a instauré la gratuité de l’enseignement primaire dans les établissements publics afin de garantir l’accès de tous les enfants à l’éducation.
Au cours de nos observations, chaque fois qu’un passant remettait de l’argent à la fillette, celle-ci se dirigeait immédiatement vers sa mère pour le lui remettre. Cette dernière suivait attentivement tous ses mouvements.
À la question de savoir si sa mère souffrait d’un handicap ou d’une quelconque infirmité l’empêchant de travailler, la fillette a répondu sans hésiter : « Non. »
Notre équipe s’est ensuite approchée de la mère afin de recueillir sa version des faits. Très remontée, celle-ci a refusé de répondre à nos questions et n’a accordé aucune interview.
Les faits observés par eco-vie.cd soulèvent des préoccupations quant au respect des droits de l’enfant. La Loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant rappelle, en son article 13, que les parents et l’État ont l’obligation d’assurer la survie, l’éducation, la protection et l’épanouissement de l’enfant.
L’article 57 garantit à tout enfant une protection contre toute forme d’exploitation et de violence.
L’article 58 dispose que « l’enfant est protégé contre toutes les formes d’exploitation économique », notamment lorsque cette exploitation compromet son éducation ou son développement.
L’article 62 considère comme étant en situation difficile tout enfant exposé à la mendicité, trouvé mendiant, privé de scolarisation ou exploité économiquement, ce qui appelle une protection particulière de l’État.
Enfin, l’article 194 sanctionne l’utilisation d’un enfant à des fins de mendicité, tandis que l’article 198 prévoit des sanctions contre tout parent ou responsable légal qui s’abstient délibérément d’envoyer son enfant à l’école.
Au-delà du cas de « Davina », cette situation rappelle que de nombreux enfants continuent de grandir dans les rues de Kinshasa, privés de leur droit fondamental à l’éducation et exposés à des risques sanitaires, sociaux et sécuritaires.
Leur présence quotidienne sur la voie publique, particulièrement en cette saison sèche, les expose au froid, aux maladies respiratoires, aux accidents de circulation ainsi qu’à diverses formes de violence et d’exploitation.
Cette réalité interpelle les autorités compétentes, les services de protection sociale et l’ensemble de la société sur la nécessité d’identifier ces enfants, d’accompagner leurs familles lorsque cela est possible et de garantir le respect effectif des droits consacrés par la loi.
N.B. : Pour des raisons éthiques et conformément aux principes de protection des mineurs, « Davina » est un prénom d’emprunt. L’identité réelle de l’enfant est volontairement dissimulée par la rédaction d’eco-vie.cd.
✍️ Guillaumette KABEMBA PUBI