À peine relancé après près de quinze ans d’interruption, le train urbain de Kinshasa a été confronté à un léger déraillement sur le tronçon Masina–N’djili. Si l’incident n’a fait ni mort ni blessé, il met en lumière une autre réalité environnementale de la capitale : l’occupation et l’insalubrité des abords des voies ferrées.
À Kinshasa, les déchets ne se limitent plus aux rues, aux marchés ou aux caniveaux. Dans certains secteurs traversés par la voie ferrée, ils s’invitent jusque sur les rails, auxquels s’ajoutent du sable et d’autres matériaux provenant des activités installées à proximité.
Cette situation a été mise en évidence après le léger déraillement du train urbain survenu mercredi 2 septembre 2026, dans la commune de Masina, sur le trajet retour vers la Tshangu. Selon l’Office national des transports (ONATRA), la voie avait été obstruée par du sable et des ordures.
L’incident est survenu quelques jours seulement après la reprise du trafic ferroviaire urbain entre la gare centrale et l’aéroport international de N’djili.
D’après les informations communiquées par l’ONATRA, la locomotive a quitté les rails sur environ un mètre. Aucun mort ni blessé n’a été enregistré et aucun dégât majeur n’a été signalé. Le trafic a toutefois été interrompu temporairement afin de permettre aux équipes techniques d’intervenir.
Pour le directeur général de l’ONATRA, Martin Lukusa, le problème est notamment lié à la présence régulière de sable et de déchets sur cette partie de la voie ferrée.
Il explique que des camions et autres véhicules circulant aux abords de la ligne contribuent à apporter du sable sur la plateforme ferroviaire, tandis que certains riverains y déposent leurs ordures ménagères.
Cette situation montre comment un problème apparemment lié à la salubrité peut rapidement devenir une question de sécurité publique.
Dans les quartiers traversés par la ligne ferroviaire, la proximité entre les habitations, les activités commerciales, les voies de circulation et les infrastructures ferroviaires rend la gestion des déchets particulièrement complexe.
Les abords du rail constituent parfois des espaces facilement accessibles pour les habitants qui cherchent un endroit où déposer leurs déchets. À cela s’ajoutent les activités de transport et de commerce qui favorisent l’accumulation de sable et de détritus.
Pour les riverains, le problème dépasse donc la seule question du comportement individuel. Il pose également celle de la disponibilité des solutions de collecte des déchets et de la protection effective des emprises ferroviaires.
La reprise du train urbain est considérée comme une alternative importante dans une ville confrontée quotidiennement aux embouteillages et aux difficultés de déplacement.
Le convoi reliant la gare centrale à Tshenke, dans la commune de Masina, a notamment repris son service jeudi 3 septembre après les travaux réalisés à la suite du déraillement. Le premier départ de la gare centrale a eu lieu à 17 heures et le train est arrivé à destination à 18 h 13 sans incident.
Mais pour que ce moyen de transport puisse s’inscrire dans la durée, la question de l’environnement autour des infrastructures ne peut être ignorée.
L’ONATRA a d’ailleurs appelé les riverains à faire preuve de civisme, notamment en évitant de jeter des déchets sur la plateforme ferroviaire et de faire circuler des véhicules lourds à proximité des rails.
Pour les spécialistes de l’environnement, la sensibilisation des populations est nécessaire, mais elle ne peut constituer à elle seule une réponse durable.
La réduction des dépôts sauvages nécessite également une organisation régulière de la collecte des déchets, l’aménagement des espaces riverains, la surveillance des emprises ferroviaires et l’application des règles existantes.
La situation observée le long de certains axes ferroviaires rappelle surtout une réalité bien connue à Kinshasa : lorsque les déchets ne sont pas collectés ou lorsque les espaces publics ne sont pas suffisamment protégés, ils finissent par occuper les endroits les plus vulnérables.
Dans le cas du chemin de fer, les conséquences peuvent être particulièrement lourdes : obstruction des voies, dégradation des infrastructures et risques pour les usagers.
Le léger déraillement de Masina n’a heureusement pas provoqué de pertes humaines. Mais il constitue un signal qui mérite d’être pris au sérieux.
La protection du train urbain ne relève pas uniquement de l’ONATRA. Elle implique également les autorités locales, les services chargés de l’assainissement, les transporteurs, les commerçants et les populations vivant le long de la voie.
Préserver les rails, c’est donc aussi préserver un moyen de transport dont Kinshasa a besoin.
L’enjeu est désormais de faire en sorte que les déchets ne deviennent pas, demain, la cause d’un incident plus grave.
✍️ Guillaumette KABEMBA PUBI
