
Cent jours après la déclaration de l’épidémie de maladie à virus Ebola en République démocratique du Congo, la transmission du virus reste préoccupante. Médecins Sans Frontières (MSF) appelle à une réponse plus rapide et plus flexible, avec une implication accrue des communautés.
La République démocratique du Congo a franchi, le 23 août 2026, le cap des 100 jours depuis la déclaration de la nouvelle épidémie de maladie à virus Ebola. Déclarée le 15 mai dans la province de l’Ituri, cette flambée est provoquée par le virus Ebola de l’espèce Bundibugyo et constitue la 17ᵉ épidémie d’Ebola enregistrée dans le pays depuis l’identification du virus en 1976.
Dans une mise à jour publiée le 24 août 2026, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) fait état de plus de 5 200 cas enregistrés depuis le début de l’épidémie. L’agence onusienne estime que cette flambée est désormais l’épidémie d’Ebola à la croissance la plus rapide jamais enregistrée en RDC, avec une transmission qui progresse plus vite que les capacités actuelles de contrôle.
L’ampleur de la situation se mesure également au rythme de progression de la maladie. Selon l’OMS, environ 90 cas confirmés étaient enregistrés chaque jour en moyenne durant les trois premiers mois de l’épidémie.
Ce rythme est nettement supérieur à celui observé au cours des mêmes périodes lors des épidémies d’Ebola de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest et de 2018-2020 en RDC, souligne l’organisation.
L’Ituri reste l’épicentre de la flambée et représente environ 85 % des cas et 79 % des décès. L’épidémie s’est toutefois étendue à une sixième province, ce qui accroît les besoins en matière de surveillance, de diagnostic, de prise en charge et de prévention des infections.
À l’approche de ce cap des 100 jours, MSF met particulièrement l’accent sur les décès qui surviennent en dehors des structures spécialisées.
Selon l’organisation médicale, plus de 60 % des décès liés à Ebola surviennent en dehors des centres de traitement, souvent au sein des communautés. Cette situation traduit les difficultés d’accès rapide au diagnostic et aux soins et laisse au virus davantage de possibilités de poursuivre sa transmission avant l’identification des malades.
Pour MSF, renforcer uniquement les capacités des centres de traitement ne suffit donc pas. La réponse doit également être déployée au plus près des populations afin de détecter les cas plus tôt et de permettre leur prise en charge rapide.
MSF appelle ainsi à renforcer le dépistage précoce, la formation des agents de santé et des relais communautaires, l’isolement sécurisé des personnes suspectées d’être infectées ainsi que l’accès aux soins.
L’organisation insiste également sur la prévention et le contrôle des infections dans les établissements de santé, afin d’éviter que les structures censées protéger les patients ne deviennent des lieux de transmission.
Pour MSF, les communautés doivent être davantage associées à la riposte. Les relais locaux peuvent notamment contribuer à identifier les personnes présentant des symptômes, faciliter leur orientation vers les structures de santé et améliorer l’acceptation des mesures de prévention.
La progression de l’épidémie intervient dans un contexte déjà difficile pour le système de santé congolais. Dans plusieurs zones touchées, les populations sont confrontées à des difficultés d’accès aux soins, aux déplacements et à l’insécurité, autant de facteurs susceptibles de compliquer la détection et la prise en charge précoces des malades.
L’OMS estime que l’ampleur actuelle de la transmission nécessite une montée en puissance substantielle de tous les volets de la riposte pour parvenir à interrompre les chaînes de transmission.
Après 100 jours d’épidémie, l’enjeu est donc désormais d’aller plus vite que le virus. Pour MSF, cela passe par une réponse plus rapide, plus flexible et davantage construite avec les communautés, afin que les personnes malades puissent être identifiées et soignées avant que leur état ne s’aggrave ou qu’elles ne transmettent le virus à leur entourage.
✍️ Guillaumette KABEMBA PUBI